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Tiphaine COMPERNOLLE, Lauréate du Prix de la recherche en gouvernance pour sa thèse en Sciences de Gestion : "Fonctionnement et efficacité du comite d’audit : une analyse des interactions entre les participants", à l’Université de Paris Dauphine, sous la direction de Bernard Colasse et Chrystelle Richard.

Pour contacter l'auteur : Tiphaine.Compernolle@fsa.ulaval.ca

Cette thèse cherche à comprendre comment fonctionne un comité d’audit et ce que peut-être l’efficacité d’un tel comité. Elle vise à ouvrir la boîte noire qu’est ce mécanisme de gouvernance en analysant les interactions entre les participants. La démarche est compréhensive : elle vise à comprendre le sens que donnent les acteurs aux situations vécues pour ensuite développer la compréhension du chercheur quant au phénomène. Elle repose sur l’analyse de 59 entretiens menés auprès de professionnels investis dans le comité d’audit de 32 sociétés du CAC 40 : administrateurs de comités d’audit, directeurs financiers, auditeurs internes, commissaires aux comptes. Cette compréhension s’est construite sur la base des travaux du sociologue Erving Goffman portant sur l’importance de la « présentation de soi » et le maintien de la « face » lors des interactions sociales.

Il apparaît que la gestion des impressions (la gestion de l’image qu’on véhicule) est un phénomène central des réunions d’un tel comité. Le risque de perdre la face (sa réputation), qui n’est pas appréhendé de la même manière par les participants selon leur statut, est à la base de ce souci constant des impressions laissées. Les administrateurs perçoivent un risque que leurs impressions soient cyniquement gérées, au travers d’une certaine opacité des discours. Ils cherchent alors à se rassurer quant à l’inexistence de cette potentielle opacité. Ils cherchent également à mettre en confiance leurs interlocuteurs afin d’amener plus de transparence dans leurs discours. Le président du comité d’audit est un acteur central dans le déploiement de cette stratégie, autant lors des réunions officielles du comité que lors de rencontres plus informelles.

A la rencontre de ces comportements stratégiques se construisent, au fil du temps, les interactions puis les relations entre les participants. Des relations de confiance peuvent se développer, fruits de négociations implicites.

En conséquence, l’efficacité du comité d’audit est comprise comme la réalisation d’un contrôle de nature sociale. La présence d’un comité d’audit efficace conduirait à une plus grande réflexivité des professionnels en situation de reddition de comptes (principalement la direction financière puis les auditeurs internes et les commissaires aux comptes). Le risque de perdre la face lors des réunions du comité (et plus largement) les amènerait à s’autodiscipliner. La confiance les amènerait à écouter et suivre les suggestions des administrateurs.

En définitive, le fonctionnement et l’efficacité du comité d’audit sont appréhendés comme le fruit de négociations implicites entre les participants au cours de leurs interactions : entre confiance et risques, entre transparence et opacité, entre tact et pouvoir (de dire et de ne pas dire pour les interlocuteurs des administrateurs, de sanctionner socialement ou non pour les administrateurs).