TRIBUNE | ETI familiales : comment faire de votre gouvernance un atout pour gérer la crise et envisager la sortie de crise ?

Du 10 au 17 avril 2020, un sondage a été réalisé auprès des administrateurs adhérents de l’IFA impliqués dans les ETI familiales. La période se situe à plus de 3 semaines du début du confinement et encadre l’intervention du Président Macron annonçant un début de déconfinement le 11 mai. Des tendances se dégagent, avec un impératif majeur : actionner une gouvernance UTILE.

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Lorsqu’une crise soudaine et violente bouleverse l’entreprise, lorsque tous les repères se dérèglent, lorsqu’il faut piloter à vue et que tout évolue d’un jour à l’autre, la gouvernance utile, c’est d’abord celle qui maximise la résilience d’entreprise. Celle qui « supporte » le dirigeant pour lui donner prise de recul, stabilité et soutien et pour clarifier la position des actionnaires. Celle qui l’aide à décider au milieu de ce que l’on sait et de ce que l’on ne sait pas, d’organiser la communication interne et externe en toute transparence.  Celle qui lui apporte le regard extérieur, critique et bienveillant, pour rester en veille sur son environnement, trier la masse d’informations qui affluent, s’inspirer des bonnes pratiques observées ailleurs. Celle qui l’aide à définir les priorités et à séquencer les décisions à prendre, pour trancher dans le vif ce qui doit l’être dans le temps de l’urgence et laisser mûrir ce qui doit l’être. Celle qui accepte que le conseil n’a pas réponse à tout et n’hésite pas à solliciter des experts extérieurs en temps voulu si nécessaire.

Dans le panel des entreprises représentées, tous secteurs confondus, 16 % sont à l’arrêt complet, 9 % ont une activité normale, 64 % sont en arrêt partiel et 11 % se sont repositionnées sur des productions urgentes. Dans 75 % des entreprises, le conseil a été sollicité dans sa totalité ou en partie.  Deux fois sur trois, les administrateurs ont respecté le temps précieux du dirigeant et se sont impliqués à sa demande,et en moyenne une fois par semaine. Les principaux thèmes abordés sont la mise en place du plan de continuité de l’activité (immédiatement ou dans les 15 jours), le versement de dividendes (57 %), la rémunération des dirigeants (37 %), des actions de solidarité par l’entreprise ou ses salariés (74 %).

Lorsqu’il existe,soit dans 37 % de ces entreprises, l’administrateur salarié intervient près de 7 fois sur 10 : protection et la sécurité des salariés, réorganisation du travail et dialogue social.

Un pré-requis dans 86 % des cas: les mesures barrière et de distanciation sociale.

La gouvernance utile, c’est aussi celle qui prend du recul et analyse tous les scénarios. Cette crise n’est pas celle de 2008 : crise du système financier, crise de liquidité qui a entraîné l’économie réelle. Cette crise est une crise sanitaire, devenue sociétale avec la moitié de l’humanité en confinement puis économique. Comme toute crise, elle entraînera défaillances d’entreprise, consolidations, restructurations financières et elle exigera réflexions sur amélioration de compétitivité et réindustrialisation du pays en particulier sur des activités stratégiques.  Elle sera aussi source d’opportunités, de nouvelles coopérations.

Les bouleversements qui en résultent seront profonds. Ses conséquences humaines appellent chacun à un repositionnement stratégique à la hauteur des attentes sociétales et des besoins de remotivation intrinsèque des collaborateurs avec humanité.

La gouvernance utile, c’est surtout une gouvernance agile, qui permet aux dirigeants de superposer les horizons, et les problématiques opérationnelles, humaines et stratégiques. Celle qui l’aide aussi à réagir quand certains risques ne sont pas suffisamment pris en compte : alors que 75% des salariés se sont appropriés les outils informatiques et digitaux en un temps record, seulement 40% des répondants estiment que le risque cyber est maîtrisé.

Dans les prochaines semaines, les conseils doivent poursuivre leur travail : l’horizon de sortie de crise en termes de réflexion stratégique ne préoccupe aujourd’hui que 60 % d’entre eux. Or l’agenda est complexe : modification du paysage concurrentiel, accélération des transformations, prise en considération des tendances sociétales… probable actualisation du plan d’affaires pour réévaluer sa viabilité à long terme, l’affiner ou le faire évoluer, entrainer les équipes avec bienveillance, créer des cellules psychologiques de soutien pour formuler une raison d’être inspirante pour toutes les parties prenantes. Un programme stratégique, qui conduit 37% des répondants au sondage à encourager une évolution de la gouvernance d’entreprise, pour l’adapter au monde de demain.

Fanny Letier et Pascaline Peugeot-de Dreuzy

Co présidentes club ETI Familiales de l’IFA